La reforme de la sante: le premier test de Barack Obama sur sa politique interne

La réforme du système de santé, en discussion au Congrès, est un test politique majeur pour Barack Obama. Les Américains malades se débattent dans la jungle des conditions commerciales du marché.


Quatre-vingts ans plus tard, les futurs médecins étudient toujours dans la tour. Mais les aciéries ont fermé. La compagnie US Steel a cédé sa tour d’acier, symbole du centre-ville, au conglomérat de santé créé par l’université de médecine. Quelque 50.000 salariés travaillent pour UPMC (University of Pittsburgh Medical Center), dans ses 20 hôpitaux, ses 400 centres de consultation, sa division assurance santé qui regroupe 1,4 million d’adhérents.
Le groupe médical – sans but lucratif – se développe à l’étranger où il contrôle des cliniques, et investit les bénéfices de ses activités dans la recherche. Dans les couloirs de l’université de médecine, on croise de nombreux étudiants chercheurs chinois.

"En dix ans, les primes d’assurance-maladie ont explosé"

Aux États-Unis, les histoires de malades qui n’ont pas eu le droit d’être soignés sont légion. Ils n’auront pas « pris leurs précautions » en souscrivant la bonne assurance dans la jungle des offres qui promettent la sécurité à longueur de spots publicitaires. Le plan d’assurance santé des salariés de l’université de Pittsburgh en est un exemple.
Le « guide résumé des avantages », distribué à chaque adhérent, comprend 16 pages sur papier glacé remplies de tableaux et de listes. Il est censé permettre aux 5.000 salariés de l’université de choisir leur assurance médicale entre les programmes Panther, Gold, Premier Plus ou Basic ; leur assurance concernant la vue, avec les options Fashion excellence ou Designer gold ; leur couverture des soins dentaires, avec les programmes Concorde Plus, Flex I ou Flex II. Pour chacun des choix, il est indiqué la part réglée par l’assuré, celle prise en charge par l’employeur, les frais couverts par l’assurance et ceux non couverts.

82 % des Américains âgés de moins de 65 ans ont une couverture santé

Les hôpitaux et médecins choisis le seront à l’intérieur d’une liste de professionnels ayant négocié des conditions financières avec la compagnie d’assurance santé. Judith Lave, économiste de la santé, sait qu’elle est privilégiée. Elle a la possibilité d’accéder à une assurance médicale de qualité pour 385 dollars par mois (250 €) dont les deux tiers sont pris en charge par son employeur.
82 % des 255 millions d’Américains âgés de moins de 65 ans ont une couverture santé. Au-delà de cet âge, les Américains bénéficient de l’assurance publique Medicare, qu’ils complètent pour un tiers d’entre eux par des assurances privées Medicare Advantage. Les anciens combattants, les vétérans, bénéficient également d’une couverture. C’est aussi le cas des Américains en situation précaire qui ont accès au programme Medicaid, ou des malades qui souffrent du rein. Les salariés des États de Hawaï et du Massachusetts se verront proposer systématiquement une assurance par leur employeur. Ce n’est pas une obligation de l’employeur dans les autres États.

Le malade, non couvert, s’endette pour se soigner

L’assuré en bonne santé a souvent le sentiment qu’il paie peu cher pour une couverture de bonne qualité. Ce qui peut expliquer qu’un Américain sur deux se dise opposé à la réforme du système de santé voulue par le président américain Barack Obama, qui vise à offrir un accès universel à la santé et à faire baisser les coûts.
Sur le premier point, et pour tenter d’atténuer les effets sociaux de la brusque hausse du chômage, l’administration démocrate a déjà lancé le programme Cobra. « Quand un employé est licencié, il a maintenant la possibilité de continuer à payer de sa poche la couverture santé que l’entreprise lui proposait. Cela pendant dix-huit mois et l’État fédéral prend en charge 65 % des frais », explique Stephan Liozu, chef d’entreprise de Pittsburgh.
Une première avancée importante. Il en faudrait d’autres. Une opération ou les suites d’un accident sont des causes principales de déclaration de mise en faillite personnelle pour surendettement. Le malade, non couvert, s’endette pour se soigner, et n’arrive pas à rembourser son prêt.
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